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Le jour où Alcatel a perdu 40% de sa valeur

Par OPA Boy - 12 mai 2000



Alcatel est aujourd'hui un des fleurons de l'industrie technologique française. La société a su se positionner sur un certain nombre de segments porteurs : téléphones mobiles, transmission de données sur l'Internet, réseaux, ... Durant l'été 1998 la société était pourtant mal en point. Au cours d'une même séance l'action chutait de 38.4%, sans réelle justification.

Voici quelques rappels sur cette histoire qui, aujourd'hui encore, n'a pas livré tous ses secrets.

Panique à la Bourse de Paris

Le 17 septembre 1998, Serge Tchuruk annonce que sa société ne tiendra pas ses prévisions de résultat opérationnel. La sanction boursière est immédiate : des ordres massifs de vente affluent vers Parisbourse S.A., l'organisme qui s'occupe de centraliser les ordres d'achat et de vente.

Les ordres de vente sont tellement nombreux que le titre ne peut pas coter. En effet, quand le cours d'une action franchit à la hausse (ou à la baisse) le seuil de 10%, le cours est suspendu durant 15 minutes (ce délai doit permettre aux investisseurs de réfléchir à la situation, mais, en général, cela leur permet surtout de paniquer et d'accentuer la hausse ou la baisse du titre !).

Après plusieurs minutes de suspension, Parisbourse essaye à nouveau de coter le titre, mais là encore, les ordres de vente sont trop nombreux. Il y aura pas moins de 3 suspensions de cotation ... Les autorités boursières française (SBF) décident alors de suspendre le cours jusqu'à nouvel ordre.

Mais, Alcatel est cotée sur deux places boursières : Paris et New York. A 15h30 heure française, la bourse de New York ouvre.

"New York, New York ..."

Sur la bourse de New York, seules les valeurs du Dow Jones bénéficient de coupe-circuit. Alcatel ouvre alors en baisse de -40% !

Sur leurs écrans, les membres de la SBF voient les ordres de vente qui disparaissent : les investisseurs annulent leurs ordres de vente à Paris, où le cours est toujours supendu, et vont vendre à New York. Ils décident alors de coter l'action. A Paris, l'action perdra 38.4% à la fin de la journée (17h).

Un responsable de la SBF nous a confié que s'il n'y avait pas eu l'ouverture de la Bourse de New York, il n'y aurait pas eu de cotation en France.

Qui veut la peau d'Alcatel ?

Le 7 septembre - soit 10 jours avant le krach - Alcatel annonce avoir finalisé l'acquisition de DSC Communications entamée en juin 1998. Cette opération permet à Alcatel d'occuper une position forte aux Etats Unis, grâce aux 3 milliards de dollars de Chiffre d'Affaires que DSC avait réalisé en 1997. La transaction, d'un montant de 4.4 milliards de dollars, est alors réalisée par échange d'actions (OPE).

La chute du cours d'Alcatel quelques jours plus tard pénalise ainsi fortement les actionnaires de DSC qui avaient apportés leurs titres à l'offre. Plusieurs groupes d'actionnaires ont d'ailleurs effectué des recours en justice contre Alcatel.

Dès lors, on peut se poser quelques questions : cette chute invraisemblable du cours n'était-elle pas une manoeuvre pour déstabiliser Alcatel ? Les gouvernants américains auraient très bien pu être effrayés par cette société qui se faisait un peu trop envahissante ... et avoir demandé à leurs "amis" investisseurs de vendre en masse le même jour.

Les journaux de l'époque ont écrits que les investisseurs s'étaient sentis floués par le PDG d'Alcatel et avaient vendu leurs actions, mais il semblerait qu'il s'agisse d'un ou deux fonds qui auraient cédé une grande partie de leurs actions. Dans le but de "plomber" le cours d'Alcatel ?

Les conséquences de cette chute pour Alcatel ont été terribles :

  • la société a perdu la confiance des investisseurs, de ses clients,
  • les acquisitions ont du être payées cash pendant un certain temps,
  • de nombreux procès ont été initiés à l'encontre d'Alcatel,
  • enfin, avec une telle chute du cours, Alcatel aurait pu faire l'objet d'une OPA hostile de la part d'un de ses concurrents américains (Lucent Technologies ou Motorola). Un article de Business Week daté du 11 septembre avait pour titre "C'est bientôt l'ouverture de la chasse pour Lucent" et parlait de la possibilité d'un rachat d'Alcatel par le géant américain. Simple coïncidence ?

    Quelques zones d'ombre

    La veille du krach, Alcatel perdait déjà 5.9% à Paris et 10% le soir à New York. Alcatel a demandé à la COB d'ouvrir une enquête sur ces mouvements. S'agissait-il de délits d'initié ? Les fonds avaient-ils déjà commencé à vendre massivement leurs titres ?

    Aujourd'hui Alcatel s'est parfaitement remise de cette affaire et continue sa route de plus belle. Mais saura-t-on jamais qui a voulu stopper l'irrésistible ascension du groupe français ?


    Mise à jour du 03 juin 2000 :

    Chez www.paranos.com on garde de nombreuses coupures de presse, en se disant que ça peut toujours servir !

    Un de nos membres est ainsi récemment tombé sur l'information suivante : en février 2000, Alcatel a anoncé le rachat du canadien Newbridge par échange d'actions. Selon La Tribune du 24/02/2000, il s'agissait de la plus importante acquisition à ce jour du constructeur français.

    L'acquisition fut-elle saluée en bourse par une hausse du cours d'Alcatel ? Non, au contraire. L'action perdait 8.63% sans raison valable.

    La Tribune du 24/02/2000

    Même type d'opération (acquisition d'un grand groupe nord américain), même financement (échange d'actions), même correction non justifiée des investisseurs (alors que l'acquisition n'a pas été surpayée).

    Certains paranos pourraient y voir une autre attaque contre Alcatel, d'autres diraient que les coïncidences sont parfois très troublantes ...


    Mise à jour du 17 juin 2000 :

    Un lecteur nous envoyé le courrier suivant. Il n'est pas d'accord avec notre analyse de l'affaire Alcatel. Afin que vous aillez toutes les cartes en main, nous vous livrons ici sa version des faits.

    Mail from : xxx@xxx.com
    Title : Affaire Alcatel

    Bonsoir,
    Ayant lu attentivement votre article sur l'affaire Alcatel, je vous écrit afin d'expliquer en quoi vos conclusions me semblent erronées. Les sociétés américaines ont une ancienne tradition de communication envers leurs actionnaires et de prise en compte de leurs intérêts dans leurs décision de management, ce qui n'est pas le cas en France.

    Les fonds de pension, sociétés d'investissement et grandes entreprises amércaines détiennent prés de 40 % du CAC 40 et cela fait un moment que ces investisseurs au cours de leurs réunions d'investisseurs décidaient de mettre les entreprises françaises au pas afin qu'elles adoptent de gré ou de force les pratiques américaines.

    Après plusieurs avertissements donnés par les représentants des fonds de pension américains au cours de leurs rencontres avec des dirigeants français de sociétés cotées au CAC 40, il s'avérait que l'attitude des français se résumait à juste titre dans l'esprit des américains à cette formule : "les frenchies veulent bien de notre argent pour se developper et profiter de la transparence du marché américain tout en maintenant l'opacité sur leur management et dans le plus complet mépris de leurs actionnaires qui n'ont pas eu la chance de sortir d'une soit disant grande école française...".

    Au cours de la réunion annuelle (Chicago) de juin 1998 des représentants des fonds de pension américains, décision était donc prise officiellement de faire plier les français à la première occasion. Seul l'aveuglement des dirigeants français a permis l'affaire ALCATEL...

    Les américains qui comme d'habitude sont toujours très bien informés ont recueillis 2 éléments contradictoires :

  • En juillet 1998, Serge TCHURUK publie ses résultats semestriels en forte croissance et annonce que les objectifs seront tenus sur l'année.
  • Le 15 septembre la S.E.C. (équivalent C.O.B. ) informe officieusement les grands investisseurs que Serge TCHURUK est en train de vendre l'essentiel de ses stocks options alors qu'il n'est pas démissionnaire...

    Les couteaux s'aiguisent du coté américain...

    Le 17 septembre, TCHURUK annonce un profit warning qu'il n'avait soit disant pas décelé en juillet : incompétence ou mensonge, dans tous les cas TCHURUK est sanctionnable d'autant que les actionnaires américains pensent qu'il s'agit même d'une escroquerie au vu de l'attitude de TCHURUK.

    Quelques coups de téléphones plus tard afin de coordonner leur action mise au point entre le 15 et le 17 septembre, et les investisseurs américains se chargent de punir comme il se doit une société française emblêmatique, parfaite représentante de la mentalité française décrite plus haut.

    Depuis cet exemple et cette démonstration de force des actionnaires américains, les sociétés du CAC 40 se donnent la peine de publier leurs comptes tous les trimestres (au lieu d'une fois par an auparavant), de communiquer tous les mois dans des réunions d'investisseurs et d'adopter la pratique des profits warnings en temps réel.

    Au final tout le monde y a gagné sauf la suffisance de certains présidents de sociétés françaises qui en général ne doivent leur poste qu'à leur carnet d'adresse. Votre conclusion relative à une manoeuvre du gouvernement américain et à une sollicitation de leurs amis investisseurs est donc erronée et trahie une méconnaissance de la mentalité des investisseurs américains qui en aucun cas ne travailleraient pour le gouvernement fédéral et dont le seul objectif est le profit et les intérêts de leur clients, quand bien même ils seraient contraires aux objectifs de la Maison Blanche.

    QUELQUES ZONES D'OMBRES...

    Les pertes d'ALCATEL la veille, ne sont que l'incidence de la vente des actions appartenant à TCHURUK et des petits fonds d'investissement américains mis au courant des plans des fonds de pension géants qui ont un allégé leurs positions étant donné qu'ils peuvent moins se permettre d'importantes pertes sur un titre.

    La philosophie des actionnaires américains était donc moins de stopper l'ascension d'ALCATEL que de sanctionner l'ensemble des dirigeant français en leur faisant comprendre qu'il est juste d'apporter de la valeur ajoutée aux actionnaires et indispensable de communiquer avec ces derniers qui ont investi leur confiance et leur argent.

    Concernant le rachat de NEWBRIDGE, il s'agit encore d'une erreur d'analyse : lorsque la Société A achète la Société B, le cours du prédateur dégringole dans 90 % des cas et celui de la cible grimpe en flêche.

    C'est parfaitement logique vu que le cours d'une action est en partie fonction de l'endettement de l'entreprise et que son endettement influe sur le P.E.R. de l'action. Autrement dit, la société A s'endette pour acheter B, alors que la société B s'associe avec une société dominante sans dépenser un franc ce qui est très bon pour elle. Après quelques temps et si la digestion de l'entreprise B par l'entreprise A s'est bien déroulée, le cours de A remonte...

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