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Manipulation du cours d’Emulex

La rumeur, ça peut rapporter très gros.

Par OPA Boy - 29 août 2000



J’ai longtemps travaillé sur les marchés actions, en tant que trader, jusqu’à ce que je rencontre l’Organisation. Depuis, je m’occupe de blanchir une partie de leurs capitaux sales en utilisant divers circuits financiers.

Il y a quelques jours, nous avons décidé de tester un nouveau système de blanchiment d’argent. Il s’agissait de remettre de l’argent sale en circulation au travers de transactions boursières et, dans la foulée, d’empocher une belle plus-value en manipulant le cours de l’action.

Pour cela, il nous fallait trouver une société cible ayant les caractéristiques suivantes :
- cours très volatil : les sociétés de nouvelles technologies correspondent parfaitement à cette exigence.
- un nombre de titres en circulation assez faible pour que l’on puisse manipuler le cours sans trop de difficulté.
- cependant, il devait y en avoir suffisamment pour que nos multiples ordres d’achat ou de vente passent inaperçus.

Nous avons porté notre dévolu sur la société Emulex, cotée au Nasdaq (les marchés Européens sont - quoiqu'on en dise - assez peu développés et une manipulation de cours aurait été plus risquée).

Afin de "planter" le cours artificiellement, nous avons envoyé le 25 août 2000 une fausse dépêche à une société d’informations spécialisée, Internet Wire. Celle-ci a été logiquement reprise par ses confrères Bloomberg et Dow Jones, sans aucune vérification. Mes supérieurs ne m’ont évidemment pas expliqué comment cette supercherie a été possible, mais je crois savoir qu’un document avec le logo et l’entête de la société a été envoyé à l’agence par un de nos pirates se faisant passer pour la société Emulex elle-même (la technique qui permet de subtiliser l'identité d'un ordinateur porte le doux nom d'ip spoofing).

Toujours est-il que ce communiqué annonçait que le dirigeant de la société comptait démissionner et que les objectifs de bénéfices étaient revus à la baisse, puisqu’ils devenaient des pertes.

Les investisseurs ont réagi immédiatement à ces mauvaises nouvelles, le cours de l’action perdant plus de 60% en séance (de 110$ à 43$).

Nos multiples sociétés écrans basées dans des paradis réglementaires (qui permettent un opacité totale) ont alors déclenché une série d’ordres d’achat. Afin de limiter les risques, nous avons décidé d’acheter à plusieurs paliers de cours (90$, 70$, 50$, ...). Les ordres ne devaient pas dépasser 30.000$ pour ne pas être suspects.

Après le démenti de la société, le cours est remonté de plus de 150% à 106$, retrouvant quasiment son niveau d’origine. Nos sociétés se sont alors délestés de leurs actions, là encore ... au fur et à mesure de la remontée du cours.

Nous avons été quelque peu chanceux sur ce dossier, les sociétés ne se remettent généralement jamais totalement d’un tel coup.

Mes patrons ont apprécié l’opération et nous avons donc décidé de retenter l’expérience à nouveau dans quelques semaines.

Mr. X


Ce témoignage est évidemment fictif, mais la manipulation de cours a réellement eu lieu. Voici quelques liens, afin de vous faire votre propre idée sur cette affaire :

  • Le site du nasdaq.
  • Le communiqué de presse de la société incriminée.
  • Saluons au passage une nouvelle fois, nos copains de Kitetoa, qui avaient eu du flair en anticipant cette affaire.


    Mise à jour du 05 septembre 2000 :

    La réalité est parfois moins belle que la fiction ... dans l’affaire Emulex, les premiers éléments d’enquête semblent confirmer la thèse d’une arnaque menée à bien par un jeune homme de 23 ans, agissant pour son propre compte.

    Il s’agirait d’un étudiant, qui avait vendu à découvert des actions Emulex (technique qui permet de gagner de l’argent quand le cours d’une action baisse). Mais contrairement à ses prévisions, l’action avait monté ... et le jeune homme risquait alors de devoir des montants colossaux à sa banque.

    Cet étudiant qui avait travaillé chez Internet Wire (la société qui a publié le communiqué en premier) a donc décidé de jouer ce petit tour.

    Malheureusement pour lui, il a agi comme un amateur : il a envoyé son faux communiqué à partir de son université, à l’aide d’un e-mail dit "anonyme" (de type hotmail, caramail, yahoo, ...). Il connaissait bien les procédures de la société, pour y avoir travaillé et a ainsi pu tromper leur vigilance.

    Mais son manque de paranoïa lui aura été fatal. Peu de gens savent que les messageries dites "anonymes" transmettent au destinataire l’adresse IP de l’expéditeur, ce qui permet de retrouver l’origine du mail ... avec l’aide du fournisseur d’accès.

    Les autorités ont ainsi pu déterminer le lieu d’origine du mail et ont intercepté l’auteur présumé du délit quelques jours plus tard.

    Notre petite fiction n’était pas totalement exacte, car il s’agissait bien d’un amateur et non d’une organisation mafieuse, mais elle avait pour avantage de montrer comment ce genre d’opération pouvait avoir lieu ... avec un peu plus de discrétion et de professionnalisme.

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