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World Online
Le fournisseur d'accès qui s'est pris les pieds dans les cordons de la bourse ...
Par OPA Boy
Dans le milieu boursier plus qu'ailleurs, transparence rime avec confiance ... Les investisseurs ne rigolent pas avec ce qu'ils appellent l'obligation de transparence de la part des entreprises cotées. Nina Brinks - Présidente de World Online - en a récemment fait les frais, puisqu'on lui a gentiment demandé de démissionner le 13 avril dernier.
Internet, c'est mon ami à moi
Tout avait pourtant bien commencé au pays des tulipes : les deux banques leaders du syndicat d'émission - ABN Amro et Goldman Sachs - avaient valorisé la société de façon généreuse, comme il se doit dans le secteur de l'Internet et ce, en dépit de la faiblesse du chiffre d'affaires (64 millions d'euros en 1999) et de pertes importantes (91.2 millions).
Ce type de structure financière était depuis quelques mois devenu monnaie courante chez les "entreprises Internet". Cela n'effrayait pas les investisseurs, au contraire. Une entreprise comme Amazon.com était plébiscitée malgré son déficit toujours plus grand. En effet, les investisseurs interprétaient ces pertes comme autant d'investissements qui permettraient par la suite de gagner plus.
C'est dans ce climat d'euphorie que l'action World Online était introduite le 17 mars à 43 euros à la bourse d'Amsterdam. Tout allait bien. Les fondateurs et les salariés pouvaient ainsi matérialiser les gains de leurs stock options, les banquiers étaient payés grassement pour leurs conseils, les actionnaires souscrivaient en nombre avec l'espoir d'une forte plus-value à la clef ... tout ce petit monde était content.
Avis de tempête sur les technologiques
Quelques jours après l'introduction de World Online, les valeurs technologiques connaissaient la correction que tout le monde attendait depuis un petit bout de temps déjà (cf. article de El Diablo sur La Bourse). Le petit monde dont il était question ci-dessus était déjà nettement moins content.
Branle-bas de combat aux Pays Bas
En plus de la baisse "générale" des valeurs technologiques, World Online a comis la faute la plus grave qu'il puisse y avoir en Finance : une erreur de communication.
Nina Brink a "omis" de dire qu'elle avait cédé la majeure partie de ses 6.3% du capital dès fin 1999 pour un prix unitaire de 6.04 euros. Cette information figurait dans le prospectus d'émission ... mais ce genre de documents fait généralement plus d'une centaine de pages et rares sont les investisseurs qui s'amusent à les lire en entier !
Les investisseurs se sont sentis "floués" et ont massivement vendu leurs titres. Cette réaction peut être aisément expliquée :
La cession des titres a envoyé un signal négatif envers les investisseurs : si le dirigeant vend ses actions ... il doit y avoir une raison, car celui-ci détient généralement des informations privilégiées sur la santé de son entreprise,
La cession à un prix unitaire de 6.04 euros a remis en question la valorisation effectuée par les banquiers : comment peut-on passer d'un prix de 6 euros à 43 euros en quelques semaines ?
Un mois après l'opération l'action cotait 17 euros, en baisse de 60% par rapport à son prix d'introduction. La banque ABN Amro a essayé d'enrayer la chute vertigineuse du titre. En vain.
Chez les financiers, on ne badine pas avec la communication.
Mise à jour du 26 avril 2000 :
Comment se griller sur la place financière internationale quand on est une grande banque d'affaire ? C'est la question que n'ont pas eu à se poser ABN Amro et Goldman Sachs ...
De nouvelles révélations sont venues alimenter ce feuilleton déjà riche en rebondissements. On a en effet appris que la Bourse d'Amsterdam avait envisagé de bloquer l'introduction en bourse de World Online quand elle a su que la Présidente souhaitait vendre ses titres.
Il faut savoir que les autorités boursières sont assez strictes concernant les valeurs technologiques. Ainsi, en France les dirigeants d'une société introduite au Nouveau Marché doivent s'engager à conserver 80% de leurs actions pendant 3 ans. Aux Pays Bas la réglementation est sensiblement la même, ce qui explique les réticences des autorités boursières hollandaises.
Un accord avait été trouvé quand Nina Brink a accepté de percevoir le produit de sa vente pour partie en actions de l'acquéreur (le fonds d'investissement Baystar) et pour partie en numéraire.
Selon le très respectable Financial Times, World Online n'aurait donc du son salut que grâce à des pressions des deux banques sur les autorités boursières. Cette révélation met donc en cause directement les deux établissements et, si elle devait être confirmée, des têtes pourraient tomber.
Tout cela n'arrange pas les affaires des deux banques conseil qui se seraient bien passées de cette publicité. Le Président d'ABN Amro a tout de même pensé que cela ne devait pas suffir et il décidé de jeter un peu plus d'huile sur le feu. Il a ainsi expliqué que la bourse n'était pas "une loterie gagnante à chaque coup" et qu'en 36 ans dans la banque il avait "appris à être prudent quand les arbres donnent l'impression de grimper jusqu'au ciel". Aux dernières nouvelles le titre cotait 13.3 euros, en baisse de 70% depuis son introduction. Les arbres qui creusent sous terre, ça existe ?
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