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Otages français au Liban

A qui profite le crime ?

Par Ema Nymton - 13 janvier 2002



Mini "clash" à quelques semaines des présidentielles. Une note de la DST, mystérieusement rendue publique (après un article de l'Est Républicain), indique que la libération des otages français au Liban (1985-1988) avait fait l'objet d'un paiement de rançon, ainsi que d'un système de "rétro-commissions" qui aurait profité à J.-C. Marchianni et Charles Pasqua.

Les dirigeants de l'époque ainsi que les otages libérés rétorquent qu'il n'y a pas eu de paiement de rançon. Cette réponse "officielle" est bien compréhensible, les pouvoirs politiques préférant éviter de susciter de nouvelles vocations de preneurs d'otage. Mais, les choses pourraient s'être passées différemment.

Cette note - qui a été à l'origine de information judiciaire ouverte et confiée à la juge d'instruction Isabelle Prévost-Desprez - ne s'attarde pas réellement sur le paiement d'une hypothétique rançon, mais détaille plutôt un système de "rétro-commissions" qui y serait lié. Selon cette note, publiée par Le Monde, le circuit était le suivant : des versements en provenance d'un compte Suisse, dont l'homme d'affaires Libanais Iskandar Safa est le titulaire, étaient faits sur deux comptes français. Puis, les sommes étaient retirées par des proches de Safa et apportées à l'association France Orient, où elles étaient réceptionnées par J.-C. Marchianni ou sa secrétaire. Sur l'année 2000, les versements qui ont pu être retracés avoisineraient les 850.000 F !

Iskandar Safa, ainsi que son frère, avait à l'époque permis d'identifier et de mieux comprendre l'influence de certains dignitaires iraniens sur les ravisseurs libanais, et aurait été rémunéré pour ce travail. Il fait aujourd'hui l'objet d'un mandat d'arrêt international, et dans un entretien accordé au Monde, il confirme la position "officielle" selon laquelle il n'y aurait pas eu de versement de rançon. Cette défense est assez intelligente, car c'est l'Etat français lui-même qui lui fournit son alibi, en assurant qu'il n'y a eu à aucun moment paiement d'une rançon.

Dernier élément non négligeable et pourtant souvent "oublié par la presse". Dans leur ouvrage intitulé Révélation$, Denis Robert et Ernest Backes expliquaient comment le gouvernement de R. Reagan avait versé en 1981 une rançon pour la libération des otages américains en Iran. Celle-ci avait été de 7 millions de dollars, sous la forme de valeurs mobilières (5 à prélever sur un compte de la Chase Manhattan Bank et 2 sur un compte de la Citibank) et avait été versée à la Banque Nationale d'Algérie, qui centralisait la rançon pour la reverser ensuite à une banque Iranienne à Téhéran. Selon les auteurs, "des petits malins, autour de Reagan, avaient imaginé une liste de valeurs diverses pour égarer tout fouineur hypothétique. Ils avaient composé la rançon sur des avoirs éparpillés à travers le monde" dans des paradis fiscaux, c'était sans compter sur le système de "clearing" de la société Cedel, dans laquelle Ernest Backes travaillait, et qui centralisait les flux vers la banque Algérienne. Un article de The Observer retrace d'ailleurs cette affaire, où là aussi, les élections présidentielles constituait le principal enjeu.

Les similitudes avec notre affaire sont plus que troublantes. Et si un juge décidait fouiller chez Clearstream (ex-Cedel) ou son concurrent Euroclear... y retrouverait-on la trace du versement de cette rançon ?

Alors, à qui profite le crime ? La droite crie au scandale et affirme que c'est Chirac que l'on cherche à atteindre au travers de son ministre de l'Intérieur de l'époque. Charles Pasqua accuse même Jospin d'avoir créé un "cabinet noir", voué à déstabiliser la droite. Le Canard Enchaîné "verrait bien l'intérêt de Chevènement, ou de Villiers, qui chassent sur les mêmes terres que Pasqua", avant de conclure que "ni l'un ni l'autre ne disposaient des moyens nécessaires pour lancer pareil missile".


Mise à jour du 14 janvier 2002 :

Dimanche midi, un reportage diffusé dans Le Vrai Journal apportait une version quelque peu différente des "versions officielles" aujourd'hui publiées dans les médias. Voici ce qu'il disait en substance.

Le Dr Razah Raad est contacté en 1985 par le ministère des affaires étrangères, alors en charge du dossier des otages, afin d'identifier l'identité des preneurs d'otage et leurs revendications. Très vite, les attentions se focalisent sur un litige qui existe entre la France et l'Iran, qui porte sur un prêt d'un milliard de dollars (concernant la construction de centrales nucléaires en Iran, projet dit "Eurodif"). A l'arrivée au pouvoir des ayatollas, la France bloque le programme et refuse de rembourser l'argent.

Le Dr Razah Raad et les autorités françaises négocient alors le remboursement de ce prêt, défalqué des frais engagés par les français (300 millions de dollars) contre la libération des otages.

La transaction est sur le point d'aboutir quand deux émissaires du RPR font tout capoter juste avant les législatives de 1986 : ils promettent alors aux Iraniens l'intégralité du remboursement du prêt (le milliard) et la libération d'un prisonnier Iranien détenu en France (ce que Mitterand refusera toujours).

La droite gagne les législatives et J.-C. Marchiani reprend le dossier. Il écarte R. Raad au profit d'I. Safa (ces derniers se connaissent par ailleurs très bien) pour mener les négociations, sans succès. En 1987, il fait à nouveau appel à R. Raad, en demandant que la libération intervienne pendant les élections présidentielles, entre les deux tours. Les otages seront cette fois libérés, après 3 ans de négociations.

Outre cette double manipulation de la droite, l'auteur du reportage avance deux hypothèses quant à l'origine des fonds retrouvés sur les comptes de Marchiani :

  • il pourrait s'agir du détournement d'une fausse rançon (prélevée sur les fonds secrets ?) au profit de M. Marchiani
  • ou bien de commissions liées à une vente d'armes paralèlle aux négociations, avec un système de "rétro-commissions"

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