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Une production Vivendi Universal

Par Capitaine Kidd - 07 mai 2002



Décidément Vivendi Universal et son très médiatique PDG, Jean-Marie Messier, ne font rien comme les autres. Quelques semaines après l'affaire Canal+/NDS, J2M vient d'écrire un nouvel épisode de la saga déjà riche en événements de Vivendi.

Apocalypse Now

Petit rappel des faits : le 24 avril, l'assemblée générale (AG) de Vivendi s'annonce houleuse : les actionnaires sont mécontents de l'évolution du cours de bourse (retombé à des niveaux de cours de 1998), les salariés de Canal+ n'acceptent pas l'éviction de Pierre Lescure, l'ADAM (Association de Défense des Actionnaires Minoritaires) remet en cause la rémunération de J2M et un énorme plan de stock-options qui doit être soumis au vote des actionnaires, ATTAC promet une intervention contre ce groupe qui représente plus que tous un symbole de la mondialisation... et Le Monde a même évoqué quelques jours plut tôt une "conspiration" menée par Claude Bébéar qui viserait à évincer J2M.

L'AG se déroule cependant sans trop d'accrocs, jusqu'au vote des résolutions. Deux résolutions sont alors retoquées : une autorisation d'augmentation de capital et le plan de stock-options. Deux jours après (le 26 avril donc), le groupe annonce qu'il y a vraisemblablement eu manipulation des votes... et précise le 29 avril qu'il semble s'agir d'un piratage des boîtiers de vote.

Spy Game

Les points de vue concernant la faisabilité technique d'un tel piratage ne sont pas tranchés, et toutes les hypothèses peuvent être envisagées.

Un spécialiste de la sécurité des ondes radio nous donne son point de vue technique sur cette affaire : "le boîtier de vote électronique semble fonctionner dans la bande de fréquence des 433 Mhz (bande ISM en France) dans la gamme UHF. Il est alors possible d’intercepter l’émission de n’importe quel boîtier de vote électronique sans fil, en utilisant n’importe quel récepteur radio à large bande nommé "scanner", puisque l’émission semble être en analogique.

Le problème est que si l’interception d’un ou des signaux (données binaires) est relativement facile, c'est une autre paire de manche que de les décoder ! Ainsi, notre super pirate (ou nos pirates ?), aura eu besoin pour usurper les signaux « non » en « oui », d’un ordinateur portable avec le logiciel spécifique (donc logiciel déjà volé ?) connecté à un émetteur (type talkie-walkie) calé sur la fréquence UHF des boîtier de vote.

Ceci militerait donc pour une véritable « opération » organisée depuis longtemps... sauf si notre pirate avait directement accès à l’ordinateur central !"

Le crime était preque parfait

Si l'on exclue l'hypothèse d'une plaisanterie d'un pirate en culotte courte, qui avait un intérêt quelconque à cette affaire ? Pour tenter de répondre à cette question remontons de quelques jours ou de quelques lignes.

Le 24 avril, deux résolutions sont refusées par les actionnaires lors du vote : une autorisation d'augmentation de capital et le plan de stock-options. Ce 2ème refus embête particulièrement J2M, car selon Colette Neuville, présidente de l'ADAM, interrogée par Le Monde, "il avait promis des stock-options par contrat et il allait donc devoir les honorer"... il aurait même précisé à la fin de l'AG "qu'il allait devoir convoquer une [nouvelle] assemblée générale extraordinaire". Le "piratage" dont il question arrange bien J2M, qui va pouvoir "justifier" la tenue d'une nouvelle assemblée générale à quelques jours d'intervalle.

Hypothèse complétement farfelue ? Colette Neuvile, interrogée par Le Monde se montre sceptique : "n'y a-t-il pas une autre cause que le piratage ? Est-ce que l'on va recommencer le vote jusqu'à ce que celui-ci soit agréable à Jean-Marie Messier ? On dirait des enfants. Ils jouent et quand ils perdent, ils disent que c'est de la triche".

Virus

N'y aurait-il pas une explication beaucoup plus rationnelle... et beaucoup moins "sensationnelle" que celle avancée par tous les journaux et par le groupe Vivendi lui-même ?

Selon une source du secteur, "depuis 1999, c'est la Société Générale, qui avait investi 10 MF dans un nouveau système de vote, qui a assuré le vote électronique de Vivendi, et ce, jusqu'à cette année. La BNP a donc investi dans un système concurrent de celui de la Société Générale pour reprendre avec MMA le marché du vote électronique d'assemblée générale".

La société qui a organisé l'AG "litigieuse" de Vivendi est en fait une petite SARL créée fin 1996, MULTI MEDIA ANIMATION (MMA). Cette société qui avait une taille très modeste jusque alors a reçu un "coup de pouce" de la part de BNP Paribas, auprès de qui MMA a levé des fonds (4 MF) en mars 2001. Cet investissement a permis à BNP Paribas, au travers de sa filiale BNP Paribas Securities, de recevoir 40% du capital, les 60% restant étant détenus par deux personnes physiques.

Selon le rapport de gestion de la gérance, cette levée de fonds devait permettre "la fabrication de nouveaux boîtiers [qui] nécessitent un investissement de l'ordre de 6.000.000 FRF". Dans ce même rapport, la société MMA déclarait que BNP Paribas serait "à la fois un partenaire financier, mais aussi un partenaire commercial". BNP Paribas étant présent dans le capital de la plupart des sociétés de CAC40 (dont Vivendi), la PME s'est vu ouvrir de nombreuses portes, avec plusieurs contrats à la clef.

Quel est le lien entre BNP Paribas qui investit dans une PME pour "piquer" à la Société Générale le marché juteux du vote électronique aux AG et le prétendu piratage du 24 avril dernier ?

Un concurrent de cette société, qui a déjà organisé des AG de Vivendi par le passé, nous rapporte que MMA aurait pu être victime d'un "bug" informatique : le piratage est peu probable car il nécessite de connaître le logiciel utilisé par MMA et nécessite du matériel beaucoup plus lourd qu'un simple scanner. En revanche l'hypothèse du mauvais fonctionnement du matériel est plus probable : tous les votes contestés sont passés en abstention d'après ce que nous avons lu dans la presse, ce qui veut dire qu'ils n'ont pas été comptabilisés par le système de vote. En effet, dans certaines assemblées le fait de ne pas être pris en compte par le système de vote du fait du nombre important de boîtiers ou de la difficulté de transmission ou de la portée insuffisante de certains boîtiers fait passer obligatoirement les votes en abstentions (dites passives) par le logiciel.

La société en question ne nie pas que "le piratage est toujours possible techniquement", mais dit ne jamais l'avoir rencontré en 15 ans de pratique du vote électronique. Et de conclure : "le logiciel utilisé venait d'être développé par la société MMA et la BNP avec de nouveaux boîtiers de vote et c'était la première fois qu'il était utilisé en "live" avec autant de boîtiers".

Ainsi Vivendi n'aurait pu être "victime" que d'un simple problème technique lié au grand nombre de boîtiers... ou à la taille de la salle (Le Zénith, à Paris). Cette hypothèse peut être confortée par la relative nouveauté du matériel (acheté, rappelons-le grâce aux 4 MF apportés par BNP Paribas en mars 2001).

Quelle que soit l'issue de cette "tragi-comédie", Vivendi Universal se serait bien passé de cette nouvelle mauvaise publicité.


Mise à jour du 09 mai 2002 :

On nous a envoyé ce document, censé expliquer le fonctionnement des boîtiers de vote distribués aux actionnaires lors de la dernière AG de Vivendi Universal :

La note de bas de page est tout simplement hallucinante ("pendant le vote, merci d'éteindre vos téléphones mobiles")... et si le fameux "piratage" évoqué par Vivendi n'était du qu'à une interférence avec un ou plusieurs portables non éteints ? :-)



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